Bientôt dans le train, direction la Corrèze pour une quinzaine tranquille, loin du boulot, des jérémiades de mes parents, bref loin de tout ça !!
Je sortais du Vieux Campeur, portant une doudoune jaune citron (de quoi filer la jaunisse aux chasseurs locaux) et des grosses chaussures de marche direction la gare d’Austerlitz…quand retentit une voix grave qui appelait « Hélène, hou hou ». Celle de Pierre-Yves Gustin, surnommé « Pois ». En me retournant, je le vis un peu essoufflé mais souriant comme dans mon souvenir.
« Hélène, mais quelle surprise, ça fait combien d’années ? »
« Heu…30 ans, depuis notre terminale, quand mon père a été muté à Paris, et toi qu’es-tu devenu ? »
« Moi, j’ai repris les conserves Gustin, les carottes, petits pois & C°, à défaut de l’épanouir ça nourrit son homme. Et toi, Blanche main, pédiatre comme prévu ? »
« Non, Pois, avec ma main artificielle, il m’a gentiment été dit que je ferai peur aux enfants, alors je suis gériatre. Les vieux ont la vue basse ou comprennent mieux les blessures des autres ! »
« Dur, dur, dit Pierre-Yves, quelle saleté cet accident avec le hachoir de ton grand-père charcutier »

