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| Village de pêcheurs à Malte |
Quand je suis arrivée à Bruxelles, j'avais 24 ans. Je pensais donc bien connaître le monde et avoir déjà une certaine expérience professionnelle. Cependant, épouser un Belge en Inde et vivre là-bas a été une expérience radicalement différente de mes premières années en Belgique. Rien n'aurait pu me préparer au choc culturel qui m'attendait. Lui et sa famille étaient tous francophones. Je n'avais jamais appris le français, ni enfant ni à l'école. Même à l'université, le français était proposé, mais je n'aurais jamais imaginé avoir un jour l'utilité de cette langue.
En arrivant à Bruxelles, j'ai réalisé que malgré son statut de ville internationale et de plaque tournante de l'Europe, peu de gens parlaient anglais dans la rue. Ayant du temps libre, je me suis inscrite à des cours de français en quelques jours. C'était un excellent moyen de rencontrer du monde et de me faire des amis. C'était réconfortant de voir que d'autres, comme moi, avaient du mal à s'adapter à ce nouvel environnement. Que d'autres, comme moi, devaient tout recommencer pour se faire des amis et apprendre les coutumes d'un nouveau pays.
Avec le recul, ma jeunesse m'a vraiment été utile. Je n'ai pas trouvé l'apprentissage du français difficile. Je parlais anglais avec mon mari, alors je pratiquais mon français avec sa famille que nous rencontrions le week-end. J'écoutais attentivement, je répétais les phrases et j'essayais de comprendre. Le langage corporel est un outil formidable pour apprendre une nouvelle langue. Les encouragements, les marques d'approbation ou de désapprobation, et même l'impatience se lisent sur le visage de mes interlocuteurs. Il était fréquent de voir leurs yeux s'illuminer de surprise face à mes efforts linguistiques, un hochement de tête indiquant qu'ils commençaient à me comprendre, un froncement de sourcils si je prononçais mal un mot, ou un petit rire à cause d'une erreur de prononciation.
Souvent, j'abordais un sujet dès que je rencontrais un membre de la famille, et ils m'encourageaient par leur patience et leur intérêt. Mais, en Belgique comme partout ailleurs dans le monde, j'ai remarqué que les gens parlent en moyenne dix minutes lentement et patiemment dans un cadre informel. Ils se mirent alors rapidement à parler à leur rythme habituel. Bien sûr, dans ces moments-là, je n'arrivais pas à suivre. Je me retrouvais à débattre intérieurement de ce qu'ils venaient de dire et du mot juste, ainsi que de l'ordre des mots, pour leur répondre. Du coup, le plus souvent, je parlais de choses déjà connues de tous. Ils me regardaient bizarrement, essayant de comprendre ce que je venais de prononcer. Ils n'imaginaient pas la difficulté que j'avais eue à articuler. J'entendais des questions, et puis, soudain, la personne qui me comprenait le mieux et connaissait mon niveau de langue se souvenait du sujet abordé quelques minutes plus tôt.
Au fil des mois et de mon année scolaire en français, j'ai commencé à progresser. Je parvenais à percevoir les liaisons entre les mots. Je pouvais me souvenir de mots difficiles et même former des phrases plus complexes que les simples « je » et « moi ».
Un jour, je suis arrivée chez mes beaux-parents où toute la famille était réunie. Tandis qu'ils me saluaient et que chacun s'installait, j'ai déclaré haut et fort en français : « À partir d'aujourd'hui, il n'y aura plus de secrets ! »
Mon beau-père a souri et a dit : « Oh, quelle fille intelligente ! »
P.-S. : J'encourage tout le monde à continuer d'apprendre des langues. C'est un excellent moyen de comprendre une autre culture et de s'intégrer pleinement à une nouvelle société. Si vous les comprenez bien, il y a de fortes chances qu'ils vous comprennent bien.
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Lisez cette histoire en anglais ici

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