Saturday, 13 June 2026

Paola et sa maman Angelica - 6e participation pour célébrer le 50e newsletter - Merci pour tout maman

 







    

Paola rédige un beau texte pour sa mère dans le cadre des participations collectives que j'ai sollicitées.




Merci pour tout maman. 

Quand on me demande ce que ma mère m’a appris, je pense souvent à toutes ces choses qu’elle ne m’a jamais enseignées avec des mots. Elle me les a montrées.

Ma mère a quitté le Pérou à 27 ans avec une petite fille de 7 ans pour venir recommencer sa vie en Belgique. À l’époque, je ne comprenais pas vraiment ce que cela représentait. Pour moi, c’était simplement ma mère. Celle qui me préparait à manger, qui me rassurait quand j’avais peur, qui trouvait toujours une solution quand les choses se compliquaient.

Avec les années, j’ai compris. J’ai compris qu’il fallait un courage immense pour faire ce qu’elle a fait. Aujourd’hui encore, je me demande souvent si j’aurais été capable d’en faire autant. Quitter son pays, quitter sa famille, quitter sa langue, quitter tout ce qui est familier. Traverser un océan avec une enfant de 7 ans sans savoir ce qui l’attendait de l’autre côté.

On parle souvent de courage comme d’une qualité presque héroïque. Mais je ne crois pas que le courage ressemble à cela. Je crois qu’il ressemble davantage à ma mère. Je crois qu’il ressemble à quelqu’un qui a peur mais qui avance quand même.

Parce que je suis certaine qu’elle a eu peur. Peur lorsqu’on lui a proposé de partir sans sa fille et qu’elle a refusé. Peur lorsqu’on lui a proposé de me placer dans un internat à peine arrivées en Belgique et qu’elle a refusé une deuxième fois. Peur lorsqu’elle ne savait pas comment elle allait payer le mois suivant. Peur lorsqu’elle faisait des ménages pour nous permettre de tenir. Peur lorsque les policiers lui ont demandé ses papiers. Peur lorsqu’on a été séparées. Peur lorsque l’avenir semblait complètement incertain. Mais elle avançait. Encore et encore.

Je garde quelques images très précises de cette époque. Cette école avait accepté de m’accueillir alors que nous n’avions pas de papiers. En contrepartie, ma mère en assurait le nettoyage. Je l’accompagnais chaque semaine. Mon petit chiffon dans les mains, à frotter les marches des escaliers pendant qu’elle s’occupait du reste du bâtiment. Cinq étages à nettoyer chaque semaine. Puis les quelques minutes pendant lesquelles j’allais jouer seule dans une salle remplie de jouets pendant qu’elle terminait son travail. Des moments où je pouvais simplement être une enfant.

À l’époque, cela me semblait normal. Aujourd’hui, je regarde ces souvenirs avec beaucoup de tendresse parce que je comprends enfin tout ce qu’ils racontent. Ils racontent une femme qui faisait de son mieux. Une femme qui portait probablement beaucoup plus qu’elle ne le montrait. Une femme qui trouvait toujours une solution.

Notre histoire a connu des moments plus difficiles encore. Je me souviens du jour où ma mère a été expulsée et renvoyée au Pérou parce qu’elle n’avait pas de papiers. Je me souviens de notre séparation. De ces mois passés à attendre son retour. Je me souviens aussi de toutes les personnes qui nous ont tendu la main sur notre chemin : une directrice d’école qui a refusé de me laisser tomber, un homme qui est devenu mon tuteur et m’a permis de poursuivre ma scolarité, une famille qui nous a accueillies chez elle comme si nous étions des leurs et grâce à laquelle nous avons finalement pu obtenir nos papiers. Avec le recul, je réalise que notre histoire est aussi une histoire de solidarité et d’humanité.  

Quand je repense à ma mère aujourd’hui, je me dis souvent que mon premier exemple d’entrepreneuriat a été elle. Pas parce qu’elle a créé une entreprise. Mais parce qu’elle a accepté de tout quitter pour construire quelque chose qui n’existait pas encore. Parce qu’elle a pris tous les risques sans aucune garantie de réussite. Parce qu’elle a continué malgré les obstacles. Parce qu’elle a recommencé lorsqu’il le fallait. Son projet n’avait ni nom, ni logo, ni business plan. Son projet, c’était simplement une vie meilleure pour sa fille.

Pendant longtemps, je crois que j’ai voulu lui rendre tout cela. Je voulais réussir. Je voulais que ses sacrifices aient servi à quelque chose. Je voulais que toutes ces années de lutte aient un sens. Sans vraiment m’en rendre compte, j’ai parfois poursuivi la sécurité plus que mes propres envies. Comme si je devais prouver que tout ce qu’elle avait traversé n’avait pas été en vain.

Il y a quelque chose qui me touche encore aujourd’hui. Ma mère me dit souvent : « Qu’est-ce que je ferai sans toi ? Tu vois, tu sais tout faire. Sans toi, je n’y arriverai pas. » Chaque fois qu’elle prononce ces mots, une partie de moi sourit, mais une autre a envie de lui répondre qu’elle se trompe. Qu’elle oublie parfois qui elle est. Qu’elle oublie qu’elle a quitté son pays à 27 ans avec une enfant de 7 ans. Qu’elle a recommencé sa vie dans un pays dont elle ne connaissait ni la langue, ni les codes, ni les habitudes. Qu’elle a traversé des années d’incertitude, de travail, et de sacrifices sans jamais abandonner. Qu’elle a trouvé des solutions là où beaucoup n’auraient vu que des obstacles. Alors je souris et je ne dis rien. Mais au fond de moi, je pense toujours la même chose : si quelqu’un m’a appris ce que signifiait être forte, courageuse et capable, c’est bien elle.

Aujourd’hui, je vois les choses autrement. Je crois que ma mère n’a jamais traversé tout cela pour que je lui rembourse quoi que ce soit. Elle l’a fait pour me donner une liberté qu’elle n’avait peut-être pas elle-même. La liberté de choisir ma route. La liberté d’essayer. La liberté d’échouer. La liberté de recommencer. La liberté de prendre ma place.

Et peut-être que c’est aussi pour cela qu’aujourd’hui j’ai créé un projet s’appelle simplement « Prendre sa place ». Parce que derrière chaque personne se cache une histoire invisible. Des peurs. Des doutes. Des rêves. Et parfois un courage dont elle ne mesure même pas l’importance.

Le premier exemple de ce courage dans ma vie n’a jamais été une personnalité connue. C’était ma mère. Et je crois que ce sera toujours elle.

Merci maman. Merci pour les sacrifices dont je n’ai compris la portée qu’en grandissant. Merci pour les peurs que tu as gardées pour toi afin que je puisse avancer plus sereinement. Merci de m’avoir montré que l’on peut avoir peur et continuer malgré tout.

Parce qu’au fond, ce n’est que récemment que j’ai compris la plus belle leçon que tu m’as transmise : avancer, même lorsque l’on ne connaît pas encore la suite de l’histoire. 

   



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Paola Luyo est née au Pérou et est arrivée en Belgique à l’âge de 7 ans. Après plus de vingt ans de carrière dans les secteurs des services financiers, du produit et du développement commercial à l’international, elle traverse aujourd’hui une période de transition qui l’amène à repenser son parcours et à revenir vers ce qui l’anime profondément : les rencontres humaines, les histoires qui nous transforment et l’événementiel.

Elle est la fondatrice de Prendre sa place, un événement sous forme de conférences qui donne la parole à des personnes ayant vécu des moments de bascule qui ont changé leur vie. À travers ces récits, elle souhaite créer des espaces où chacun peut se reconnaître, réfléchir à son propre chemin et trouver l’inspiration d’oser sa propre place. La première édition aura lieu le 24 septembre à Bruxelles.

Vous pouvez la suivre :

Web -  https://prendresaplace.be  

Facebook - Prendre sa place.


Linkedin - https://www\.linkedin\.com/in/paolaluyo  



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