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| Jeune fille au chat |
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| Isabelle et Lilou |
Isabelle rédige un beau texte pour sa mère dans le cadre des participations collectives que j'ai sollicitées.
Elle n’était pas bleue ni adossée à la colline.
Elle n’était pas dans le Sud de la France, ni quelque part en Italie.
Non, elle se situait plutôt dans ce que j’aime appeler notre « colonne vertébrale », mon bassin sidérurgique, poussiéreux et poétique à la fois, entre ville et presque campagne, pas loin de la Meuse majestueuse.
Elle était petite mais suffisamment grande pour y accueillir mari et enfants : une vie entière.
Cette maison, ma mère en avait eu le projet «seule », grâce à l’aide de son frère qui lui concéda une partie du terrain qu’il avait acheté pour faire construire sa propre maison.
Il faut croire qu’elle a eu le génie de transmettre cela à ses deux filles, qui, dans son sillage, firent pareil bien des années plus tard en investissant dans leurs propres briques, seules.
Il y avait un jardin, une terrasse ajoutée par la suite, et toute notre enfance s’est déroulée autour d’elle. Il y avait une prairie attenante, un terril : un territoire d’aventures sans limites.
C’est simple : cette maison m’a tellement marquée que, depuis longtemps, tous mes rêves s’y déroulent de manière récurrente.
Rêves rassurants parfois. Cauchemars aussi.
Comme si ses murs n’avaient jamais cessé de me contenir.
Lorsqu’il a été temps de quitter le cocon, j’ai toujours refusé de louer. J’ai préféré acheter.
Sans doute, un effet de transmission, ou un instinct de survie (?).
Lors de la construction, si je ne me trompe pas, papa était dans les parages.
Ils se sont mariés. Elle avait environ 33 ans. « Tard » pour une « italienne ».
Il avait de l’allure et faisait office d’amuseur officiel de la petite famille.
Un « séché », costaud, musclé, un peu abîmé par de rares combats de boxe amateur, un nez italien pur jus.
Nous avions un clown à la maison, doué en imitations et virtuose des surnoms à coucher dehors.
Un mélange - hétéroclite ou complémentaire - entre un clown et une « diva ».
Non, elle ne chantait pas. Mais elle adorait le chant lyrique.
Étonnant pour une « ouvrière » aimant tellement son métier de couturière.
Elle avait des idées et des rêves, des petits voyages réalisés.
Il me reste d’elle une sensation de « bon goût ».
Finesse, élégance, amour des chats et de l’autodérision.
Pudeur imposée par des parents immigrés et rudes.
Cette dureté façonnée par la mine et la guerre.
Elle était belle, ma mère.
Elle avait de l’esprit et cet émerveillement constant dont j’espère avoir hérité aussi.
Elle n’était pas « féministe », tout en accomplissant des prouesses seule.
Elle n’avait guère le temps de penser à ces mots-là.
Son temps, elle l’a consacré à ses enfants.
Depuis sa petite maison, non loin d’une prairie, elle a veillé à ce que ses trois enfants puissent faire des études, ce qu’elle n’avait pas eu le loisir d’accomplir.
La « jeune fille aux chats », comme j’aime l’appeler, était brillante, intelligente, parfois (souvent) trop dans la peur.
Que m’a-t-elle transmis ? Le respect, l’humilité, la curiosité, la culture, l’amour de l’art et de la cuisine.
La maison de ma mère ne m’a jamais réellement quittée depuis neuf ans.
Qui est Isabelle Belloi ?
Isabelle Belloi est photographe et communicante basée à Liège.
Son parcours en communication, marketing et création de contenus visuels lui permet d'accompagner entreprises, organisations et indépendants dans la mise en valeur de leur activité à travers des images et des contenus authentiques.
Curieuse, créative et engagée, elle aime explorer ce qui relie les idées, les personnes et les images, et s'intéresse particulièrement à la manière dont les récits visuels contribuent à donner du sens à notre environnement.
Vous pouvez voir son travail et la contacter
Web : emulsions.be
FB : @emulsionnel
LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/
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